
Les aventures
passées, présentes et futures, vécues ou fantasmagoriques de
Joretapo
Mais aussi ses idées, réflexions et autres fatuités...
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Je suis en train d’écouter Roxette She’s got the look (mais ouiiii vous savez c’est la chanson n°4 du célèbre Roxette Greatest Hits avec un « s » … sauf que moi à part le sus-nommé titre qui a bercé ma jeunesse, j’ai pas trouver ni de greatest ni de hits… Faut dire qu’il y a que les paroles et le rythme qui change d’une chanson à l’autre. Alors bon… ils auraient pu faire she’s got the look original / she’s got the look remix / she’s got the look groove / she’s got the look remix reggae / etc ... je m’arrête là parce que vous avez compris – du moins je l’espère pour vous et que moi, je suis un peu con et je ne fais pas copier-coller et donc je me suis tapé 5 fois à écrire she’s got the look et que franchement je commence à en avoir marre. Après on me demande pourquoi mes articles sont si longs et que je mets tant de temps à produire. Faudrait vous y voir, faut tout que j’explique !!!)
Et je me dis que le look, perso je l’ai jamais eu. De tout temps, m’habiller a d’ailleurs été une préoccupation épuisante… comment je m’habille ?qu’est ce que je mets ? fais chier ma chemise n'est pas repassée…
En ce moment, j’ai un costume dans mon boulot ; chemises, chaussure, pantalons, cravate me sont fournis. Classe ! (Quand je dis « classe » ce n’est pas pour parler des vêtements, non c’est juste pour dire que « c’est cool de pas avoir à se faire chier tous les matins pour s’habiller ! »)
Ca me rappelle une petite anecdote. J’ai commencé ma carrière professionnelle en banque d’affaires. Vous savez ce sont les mecs qui préparent et négocient les deals entre boîtes et qui gagnent plein de brouzouff à faire cela (et quand je parle de brouzouff, on en est à des niveaux où le smig correspond à l’argent de poche qu’on donne à ses enfants !). ;=)
Moi jeune junior, sortant de l’école, je me vois confier une mission par mon directeur.
Avec un sourire amusé, il me propose de l’accompagner à la réunion d’analystes de telle société (très très connue !) qui se tenait au Georges V (Grand hôtel parisien, aussi très très connu !). C’était une réunion avec le PDG, le directeur financier et quelques apparatchiks de la finance.
12h. Il me dit qu’il a un empêchement (argh !!) et me propose donc de m’y rendre seul (YES !!!!).
Me voilà donc dans mon beau costume Brice à 250 F –noir anthracite, sauf que le mec qui l’avait appelé ne devait jamais avoir vu d’anthracite parce qu’il était noir pâlot quand même. Vous me direz moi non plus je n’ai jamais vu d’anthracite alors je ne sais pas en fait si il avait raison - en promotion (le costume!) à l’entrée d’un des plus prestigieux hôtels de la capitale. Par chance, j’avais pris soin de mettre ma belle chemise bleue (Brice aussi) et ma cravate jaune (Brice encore !). J’étais donc tout bien dans la norme qu’il fallait aux financiers de haut vol de l’époque.
Un chasseur dans une tenue plus classe que la mienne me reçoit et me dirige vers le lieu de la réunion, avec toute la politesse qu’on adresse à un plouc.
J’arrive bon dernier ; vous me direz que de nos bureaux sur les champs Elysées (Et oui, je me la pête j’ai bossé sur les Champs !!) à l’hôtel, il y avait au moins disons 200m.
Le truc c’est que bon, euh, quand on n’est pas du coin (et qu'on a du mal avec les cartes), c’est 200m plus 200m plus 200m plus …
La salle est installée ; une trentaine de gars en costume noir (du vrai noir), en chemise bleue voire même blanche, pire le top, bleue à col blanc et à cravates de couleurs variées jaune, rouge, vert. (Vous noterez que je ne regarde pas les chaussures. Pire que les vêtements, les chaussures !!! Je déteste acheter des chaussures. Alors je ne vais pas regarder les chaussures des autres… c’est forcé, j’aurai honte !), sur l’estrade le PDG (je le sais parce que c’est marqué sur un truc devant lequel il est assis) et le dir fi (itou – remarquez ils auraient pu échanger, ça aurait pu être amusant. Mais bon ces gens n'ont pas d’humour).
Une gente dame bien mise aux cheveux blonds me fait signe qu’il y a une place à ses côtés. Je la remercie d’un signe et m’assoie. Je vois qu’elle a un badge « directrice de la communication », appelée dircom par la suite.
La conférence démarre . Je prends note des différents faits et chiffres. Et là, dans un instant de détente ou d’oubli, je ne sais, je croise mes jambes. Pour être plus précis, je positionne ma jambe droite repliée sur ma jambe gauche… proposant à la vue de la dircom mon mollet.
Là instantanément, avec mon empathie naturelle lors des moments-où-il-y-a-quelque-chose-qui-merde, je me rends compte que je viens de commettre une erreur. Le Christ en Croix ne saurait me sauver. Mon cerveau analyse avec retard mais à toute vitesse ce qui se passe :
- Position. D’autres sont assis comme toi. Position jugée Ok.
- Chaussures. Achetées la semaine dernière. 400 F. Vérification qu’il n’y a pas d’étiquette dessous. Chaussures jugées OK
- Odeur. Sensibilité de moi-même aux mauvaises odeurs exacerbées. Je n’ai donc pas marché dans des rejets intestinaux canins. Odeur jugée OK.
Mais quel est ce bout de tissu couleur blanche qui enserre mon mollet ?
ALERTE !!! ALERTE !!! Chaussettes blanches enfilées ce matin !!! Ceci est une vêture non académique qui ne sied pas avec le reste de votre habillement, ni avec votre supposée position sociale. ALERTE !!! ALERTE !!! Vous serez jugé en cour de saint habit pour ce péché de lèse-chaussette.
N’empêche que le regard insistant de cette dircom blondasse quadragénaire me provoque des frissons. Pour le coup, je n’ai pas de doute. C’est certain elle ne s’imagine pas le petit jeunot que je suis dans son lit mais dans sa poubelle. Quel mépris.
J’en ai une suée. Vais-je être dénoncée aux autorités ? Expulsées manu militari de la réunion ? Suprême humiliation. Non a priori. Elle juge que le scandale serait trop grand elle se détourne de moi.
Vient l’heure des questions. Franchement, je n'ai jamais assité à une séance de questions si débile et nulle. Ces mecs conseillent des banques, des particuliers dans leurs investissement et posaient des questions d’un niveau à peine au dessus de la mer. Quelques années plus tard, Messier fera son apparition et embarquera tous ces analystes indigents payées comme des porcs dans son délire pharaonique… mais bon je m’écarte du sujet.
- Excusez-moi. Jean-Marc T de la X Banque. Je voudrai savoir si votre rentabilité est pérenne.
(Dis ducon avec une question aussi précise et développée, tu penses qu’il va te dire qu’il a fait exprès de gonfler son résultat !)
- Merci Mr T. pour votre question. Il est évident que toute notre stratégie vise à sécuriser la pérennité de notre croissance rentable.
(Pour être dirfi d’une grosse boîte, il faut 1- retenir les noms rapidement et 2- reformuler affirmativement l’interrogation de ce ducon.
- Bonjour. Albert de M. Banque D. Avez-vous des projets à court terme de racheter l’un de vos concurrents ?
(Bonne question directe et débile Duchnok. Si il te répond oui, il va faire gonfler les cours de toutes les cibles potentielles !!!)
- Comme nous vous l’avons dit (Tiens duchnok, même lui te prend pour un débile), nous souhaitons nous développer essentiellement par croissance interne.(J’aime bien le "essentiellement" ! Ca n’exclue rien).
Et ainsi de suite… De toute façon, la dircom me repointe de son regard glacial. Je risque pas de poser une question de peur qu’elle s’écrie « C’est un intrus !!! Ne répondez pas. Il porte des chaussettes BLANCHES ! »
Les questions finies. Il est temps d’accéder au buffet préparé pour que tous les analystes repartent le ventre plein et le gosier désaltéré – sur le dos des actionnaires et des salariés, transcrire dans leur note respective le bon moment qu’ils ont passé, vus qu’ils n’ont rien appris de plus que ce qui est à la disposition de tous et que ce qu’un financier de base sait traduire à partir des chiffres.
La dircom s’approche de moi, suave.
- Excusez-moi. Comme vous êtes arrivé en retard, nous n’avons pas eu le plaisir de nous présenter.
(En gros, je n’ai pas vu ton invitation à l’entrée jeune blaireau.
Et heu… à ce propos, où est l’invitation ? Ne serait-elle pas dans les poches de mon directeur bien aimé ? Ah mais que si of course de chevaux. J’ai pas joué dans le bon ordre.
Eclair de génie !!! Mon badge à moi avec ma photo et le logo de ma super banque d’affaires. Je l’ai.)
Je lui présente, fier et soulagé.
- Enchanté Mr Joretapo. Vous avez trouvé la conférence intéressante ?
(Ok cela passe pour cette fois. Mais n’y revenez plus)
- Très. J’ai beaucoup appris.
(Au bal des faux culs, je veux ma danse !)
- Très bien.
Excusez-moi. Albert, bonjour. Très bonne intervention. Merci.
(C’est ça. Lâche moi. Va sucer ailleurs des décérébrés)
N’empêche que, bon, je me suis trouvé au milieu de ces mecs-de-la-finance. Des inconnus. Avec 10 ans de plus. Quelques 0 aussi sur le salaire en fin de mois. Qui me regardaient de haut... alors que je les voyais comme des boufis incompétents.
Je suis donc rentré au bureau.
Mon directeur de m’interroger en souriant :
- Alors le buffet n’était pas bien ?
Et là je l’ai regardé. Son costume Hugo Boss un peu élimé. Sa cravate violette et mal mise. Ses chaussettes noires dans ses chaussures marrons. Je l’ai trouvé très mal habillé.
Il ne m’a jamais reparlé de cette conférence, ni demandé de lui en faire un compte rendu. Nous ne sommes plus jamais allé à des conférences. Et j’ai continué à mettre des chaussettes blanches. Cool. C’était un bon deal.
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