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Souvenirs

Lundi 16 janvier 2006

J'ai rameuté le ban et l'arrière ban de mes proches pour ouvrir mon blog.

Je vous montre la photo exclusive de son ouverture officielle 1/4 heure après son ouverture réelle.

Un franc succès!!!

 

 

 

 

 

Par Joretapo
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Mercredi 25 janvier 2006

Nous, 4 camarades et moi-même, débarquons à Budapest. Nous avons pris le train de nuit en partance de Varsovie et nous voilà à peine réveillés en gare, de bon matin pour un week-end de 3 jours.

Bien sûr, comme de jeunes routards intelligents, nous n’avons aucun guide, aucun plan. Rien.

Première action : trouver où dormir le soir même.

 

 Après quelques péripéties et kilomètres à vadrouiller dans Buda, nous voilà dans une sorte d’office de tourisme privé. Deux jeunes filles nous procurent plan, information, et réservation pour nous 5 dans une sorte d’appart hôtel en périphérie (Je crois même me souvenir du nom Lucky Hotel. Si cela existe encore et que cela a gardé son rapport qualité / prix, je vous le conseille ! Bon ok, c’était il y a 10 ans !)

Comme tout bon français, nous les blaguons avec notre anglais ridicule. Cela dure bien 15 minutes. Mais à 5 sur deux demoiselles (qui en plus, essaient de travailler), on n’a peu de chance d’arriver à quoi que ce soit.

Je sonne alors le signal de la retraite, sous prétexte que j’en ai marre et que j’ai faim (– et ceux qui me connaissent, savent combien ma mauvaise humeur va rapidement crescendo quand j’ai faim). A peine sorti, je les plante et je retourne discuter avec nos deux demoiselles. Je m’adresse plus particulièrement à la demoiselle qui me semble plus disponible.

 

 

 

-         Excusez-moi, est-ce que je peux encore vous déranger ? (sourire charmeur)

-         Oui, bien sûr. 

-         Voilà. Vous nous avez montré les endroits à visiter, réserver un hôtel,… mais il nous manque quelque chose d’essentiel.

-         Ah ? Bon…

-         Où est-ce que nous pourrions passer une soirée agréable ? 

-         Hummm… cela dépend. Vous cherchez un bar, une boîte, ou autre chose ? 

-         Disons. Cela n’a pas d’importance. Un endroit pour rencontrer une jolie –gorgeous en anglais. J’adore ce mot !- jeune fille comme vous.

 Là les deux jeunes filles rigolent.

 

-         Moi je vais souvent au Jazz Bar. 

-         Ah. Très bien. Il est où ? 

-         Je vous donne l’adresse 15 rue de la république. (Je dis république parce que j’ai oublié. Mais bon c’est un nom de rue commun). 

-         Super. Et si, par exemple je voulais vous y rencontrer, je devrai y aller vers quelle heure. 

-         J’y suis souvent vers 10h. 

 -         Et ce soir ? 

-         (sourire) Ce soir aussi. 

-         Bien. Euh… pour ne pas avoir l’air trop ridicule dans ce bar, je peux vous demander votre nom. 

Et la demoiselle de m’écrire son nom, son prénom, tel et adresse email.

-         Merci. A bientôt alors.

 Dehors, je rejoins mes camarades qui s’impatientent. Mais quand je leur annonce le programme du soir, ils sont tout émoustillés.

 

 

 Je vous passe la préparation. Après une nuit dans le train, on ressemble plus à des clochards qu’à des princes charmants. Nous passons donc tous au karcher ;=))

 

 On chope le plan de Budapest. On cherche la rue et on découvre qu’elle n’est pas trop loin à pied. Par contre la rue est immense et traverse le quart de Budapest. En plus, on ne sait pas trop dans quel sens elle est numérotée. Nous décidons en toute intelligence, de la descendre à pied, au pas de marche forcée.

 

 On rejoint la rue. C’est la fin. N° 250 (ou 350, je ne sais plus et de toute façon on s’en fout).

21h30 : On marche déjà depuis 15 minutes.

21h45 : N° 177. Je pense qu’on sera en retard. Bah… ça se fait.

22h00 : N° 99. Un espoir. Les numéros défilent plus vite mais les jambes s’alourdissent. Je calcule. On a fait la moitié de la rue en 1/2h. On va être sacrément en retard.

22h15 : N° 75. Je ne sais pas si c’est nous ou les numéros mais on n’a pas beaucoup avancé. Ma mauvaise humeur fait un saut en avant. Les autres flânent.

22h30 : N° 25. Les derniers 200 mètres ont été courus. A fond. On est tous en sueur. Le 25 se révèlent être une horrible bâtisse. Pas de bar. Rien.

Les autres me moquent. A la réflexion, toute la rue était constituée d’immeubles d’habitation. Pas de commerce. Me serai-je trompé ?

J’insiste pour qu’on continue un peu. Au cas où.

 

    22h45 : On a maraudé quelques mètres de plus. Traversé la rue. Regardé les numéros pairs.

Mais je n’ai pas de doute. Mon anglais est correct et celui de la miss parfait. Je ne me suis pas trompé.

 

     23h00 : J’admets que c’est raté. L’un d’entre nous, nous convainc d’aller dans une boîte. On prend une petite rue perpendiculaire. On s’engouffre dans les méandres de la ville.

(Je vous raconterai cette partie là un autre jour… peut-être.)

  

Le lendemain. Mal dormi. On part pour une journée de visite, avant de prendre le train en fin de journée pour une autre étape hongroise.

(A suivre)

Par Joretapo
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Jeudi 26 janvier 2006

Je prends le plan.

-         Et dites. Hier on était là, non ?

-         Oui. Avenue de la République. C’est cela. Pourquoi tu regrettes, encore ?

-         Elle m’avait dit « rue de la république, la miss. » (Je mets en gras pour montrer que j’insiste. Et je le dis au cas où vous n’auriez pas compris ;=))

-         Et alors ? Tu as du mal comprendre ? C’était une rue ; pas une avenue.

-         Sauf que là, dans la prolongation de l’avenue, en plein dans la vieille ville… je vois « rue de la république ». 

-         Ah ben oui… 

-      AH BEN OUI (MAIS QUEL CON !!!???). Putain, on aurait 20 mètres de plus dans cette putain d’avenue et on serait tombé sur ce putain de bar !!

 (Oui, je suis vulgaire quand je m’énerve… surtout contre moi-même !)

 

 Vérification faite, lors de notre visite du centre ville. A 10h. Soit avec 12h de retard. Nous voilà devant le Jazz Bar. 25 rue de la République. Budapest.

 

 Je n’ai jamais recontacté la demoiselle. J’ai retrouvé sa carte avec ses coordonnées 4 ans plus tard. Je l’ai jeté. 

 UN ACTE MANQUE.

Par Joretapo
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Dimanche 29 janvier 2006

Prague. L’été. Douce chaleur. Ville agréable et touristique. Trop.

 Suis en visite chez un ami. L’amie de mon ami tient la programmation/ le bar sur une péniche - concert amarrée sur le Danube.
Tous les soirs, nous y sommes. Profitons de la musique sympa, des bières gratuites, etc… Chaque soir ou plutôt chaque matin, nous fermons. Et la ville est à nous !

  

 

 (Bon ok, ok ce n’est pas une photo de cette époque mais bon… c’est pour vous permettre d’imaginer !)

 

 

Je me couche. Dors peu. Puis je vais profiter de la ville. Aujourd’hui, j’ai pris une place pour un concert d’orgue dans une cathédrale. 16h. En attendant je me ballade. Il y a foule. Allemands, autrichiens, anglais, français et autres nationalités.

 -         Hey. Excuse-me. Could you help us ?

 Je flânais. La tête en l’air. Et me voilà alpagué, en anglais, par deux charmantes demoiselles.
Deux blondes aux yeux bleus. Pas des filles du coin. Elles n’ont pas l’air slave. Pas allemande, non plus. Peau trop bronzée.

-         Oui bien sûr, dis-je dans un grand sourire et en anglais (of course). Que puis-je pour vous ? 

 

Même si elles sont en short basket casquette, la meilleure tenue pour faire du tourisme, le style n’est pas très européen.

 -         En fait, on est un peu perdues. On cherche cette rue-là (me disent-elles, en me montrant leur plan) mais on ne voit pas très bien comment y aller.

 La peau est très bronzée, presque cuivrée. Elles sont plutôt sportives. Des américaines de la côte ouest ? Humm bizarre car je comprends leur anglais ?

 -         Comme vous pouvez l’entendre, je ne suis pas du coin… mais bon cela ne m’a pas l’air difficile.
Voilà, vous prenez cette rue puis vous tournez à gauche. Vous aurez une station de métro. Vous prenez, voyons voir, cette direction et vous sortez à la prochaine station. Et là, regardez, vous serez exactement dans la rue que vous recherchez.

 C’est amusant. Elles sont plutôt menues toutes les deux. Les Beach american girl sont plutôt grandes. Voix agréables, un peu graves. Souriantes et positives.

 -         Ca te semble pas compliqué, à toi ? Non ? On va prendre un taxi. 
 -         Attendez, girls, le metro est juste là. Venez avec moi. Je vous accompagne…. Là regardez, la bouche est là. Et après c’est qu’une seule station. Ne prenez même pas de ticket. 
-         OK Merci. On va voir. En tout cas, merci beaucoup. 
-         Ok. Bonne route, alors.
     Excusez-moi. Juste une question. D’où venez-vous ?
 
-        Nous sommes australiennes.
-         Australiennes ? Vous venez de si loin ? 
-         Oui on fait notre « tour » en Europe. 20 jours pour visiter tous les pays. 
-         C'est super.
-         Et toi, tu es d’où ? 
-         Moi ? Mon accent ne me trahit pas ? Je suis un frenchy.
-         Great. On sera à Paris dans 4 jours. Cela sera la fin du voyage. Et après on repart.
-         20 jours pour faire l’Europe, ça fait court quand même. 
-         Ben non. C’est sympa. Et puis, on n’aura pas forcément l’occasion de revenir… alors on en profite.  

 

[… je coupe un peu… hein parce qu’après tout, on s’en fout un peu, non ?]

                     DONG. DONG. DONG. DONG.

 -         Ah ! 16h. Je vais en retard pour mon concert. 
-         Un concert. 
-         Oui. Dans une église. Juste là. Ca va les filles ? Vous allez y arriver ? 
-         Ne t’en fais. Merci encore pour tout. Bye.  

 

Allez hop. Dépêche toi. Au concert. Hop, hop, hop. Hé attends. Je suis con, là. Des australiennes !!  Mignonettes en plus. T’as pas trop l’occasion d’en rencontrer. Elles n’ont pas l’air farouches. On sait jamais. En plus, au pire, tu t’en fais des copines et cela te fera un pied à terre si un jour tu vas en Australie.  

 

Demi tour !!!

 -         Hey les filles! Deux secondes... 
    
Vous faites quoi ce soir ? 
-         On rejoint deux copines à nous et après, on suppose qu’on va traîner dans un bar.  

 

Whaou ! Je vais m’inviter toute la communauté australienne des Beach Girls de Prague !

 -         J’ai des copains qui tiennent une péniche. Il y a des petits groupes locaux. De la bière. Et puis après les groupes, une petite piste. Des rires et des chansons. Pas trop de touristes. Ca vous branche ? 
-         Sûr que ça nous branche. On en rêve. On pourra venir avec nos copines. 
-         Bien sûr. On se donne RV sur la péniche à 21h. Elle est là. Entre l’île et le pont. Vous ne pouvez pas vous tromper. Il y a un chemin à gauche du pont.
C’est OK. Vous trouverez ? 
-         Ok. A la limite on prendra un taxi. 
-         A ce soir. Alors. Je vous quitte. Je suis déjà à la bourre. See ya soon. 

 

Vous pensez bien. Fier comme un paon, j’en parle à mes amis. En plus, je dis bien à l’hôtesse de m’appeler si elle voit des américaines (ou approchant).

(Vu que mon tchèque est plutôt médiocre, disons que je le fais demander… mais bon ça rallonge encore le texte. Alors à la limite, je préfère ne pas le dire. C’est une info superflue, non ? Vous vous en foutez ? Et c’est plutôt la suite qui vous intéresse. Comment ça ? Là je vous le dit ? Non, je ne vous le dit pas. Je vous explique. Pfff. En plus, je mets cela en petit et entre parenthèse pour que vous compreniez bien. Vous voulez pas en plus que je vous en plus un écriteau du style ATTENTION NE PAS LIRE … à moins que vous ne soyez intéressés par les détails insignifiants de cette histoire, elle-même insignifiante !)

 

 

4h’ du mat’. Je suis un peu fait. J’ai pas vu mes australiennes. Rhââ.
Je suis déçu. La petite bande se moque gentiment de moi.

 -         Ca va. Ca va. De toute façon, elles étaient 4 et moi, seul, j’aurai pas pu assurer.
Et puis, peut être qu’une de leur copine avait ses règles et qu’elles sont restées dans leur hôtel par solidarité.
Ou alors, elles ont été enlevées par une bande de dangereux séparatistes…
Ou je ne sais pas moi, elles ont rencontré 4 beaux tchèques qui leur ont fait oublier le charming francuski. 
 

 

(Notez bien la rouerie de cette dernière proposition. D’un côté je flatte leur ego national, de l’autre, je diminue mes propres qualités… ce qui les amène les demoiselles à me rassurer illico non-ce-n’est-pas-possible-qu’on-t’oublie-si-vite,-toi-qui-est-si-charmant. Sourires et bisous.)

 Il est temps de partir. Nous sommes invités à finir la soirée chez une copine.

 -         Joretapo, tu as toujours un plan sur toi. 
OK donc vous partez du bateau vous descendez là, vous suivez cette rue, etc…etc…
-         Heu… excuse-moi. Pourquoi tu nous fais partir de là ? 
-          ??? Le bateau est là, Joretapo. Entre cette île et le pont. 
Sueurs froides. Mais quel c… Mais quel super mega CON. Y a que moi à ce niveau de la compétition. C’est pas possible. Je me suis trompé d’île ; je me suis trompé de pont. Je les ai envoyé à l’ouest alors qu’on est au Nord.

-         Ca va Joretapo. Tu n’as pas l’air bien tout d’un coup.  

 

Evitons d’être ridicule en plus. T’as plus qu’à te murger pour finir en beauté.

 -         Tu n’attends plus tes australiennes au moins. 
-         Hein ? euh non…non…

Je dirai même qu’il vaut mieux pas que je les re croise. C’est décidé. Demain, je pars de Prague. On ne sait jamais.

 UN ACTE MANQUE.

 

 

 

 

Par Joretapo
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Samedi 4 février 2006

Je suis en train d’écouter Roxette She’s got the look (mais ouiiii vous savez  c’est la chanson  n°4 du célèbre Roxette Greatest Hits avec un « s » … sauf que moi à part le sus-nommé titre qui a bercé ma jeunesse, j’ai pas trouver ni de greatest ni de hits… Faut dire qu’il y a que les paroles et le rythme qui change d’une chanson à l’autre. Alors bon… ils auraient pu faire she’s got the look original / she’s got the look remix / she’s got the look groove / she’s got the look remix reggae / etc ... je m’arrête là parce que vous avez compris – du moins je l’espère pour vous et que moi, je suis un peu con et je ne fais pas copier-coller et donc je me suis tapé 5 fois à écrire she’s got the look et que franchement je commence à en avoir marre. Après on me demande pourquoi mes articles sont si longs et que je mets tant de temps à produire. Faudrait vous y voir, faut tout que j’explique !!!) 
Et je me dis que le look, perso je l’ai jamais eu.
De tout temps, m’habiller a d’ailleurs été une préoccupation épuisante… comment je m’habille ?qu’est ce que je mets ? fais chier ma chemise n'est pas repassée…
En ce moment, j’ai un costume dans mon boulot ; chemises, chaussure, pantalons, cravate me sont fournis. Classe ! (Quand je dis « classe » ce n’est pas pour parler des vêtements, non c’est juste pour dire que « c’est cool de pas avoir à se faire chier tous les matins pour s’habiller ! »)

 

 Ca me rappelle une petite anecdote. J’ai commencé ma carrière professionnelle en banque d’affaires. Vous savez ce sont les mecs qui préparent et négocient les deals entre boîtes et qui gagnent plein de brouzouff à faire cela (et quand je parle de brouzouff, on en est à des niveaux où le smig correspond à l’argent de poche qu’on donne à ses enfants !). ;=)
Moi jeune junior, sortant de l’école, je me vois confier une mission par mon directeur.
Avec un sourire amusé, il me propose de l’accompagner à la réunion d’analystes de telle société (très très connue !) qui se tenait au Georges V (Grand hôtel parisien, aussi très très connu !). C’était une réunion avec le PDG, le directeur financier et quelques apparatchiks de la finance.
12h. Il me dit qu’il a un empêchement (argh !!) et me propose donc de m’y rendre seul (YES !!!!).
Me voilà donc dans mon beau costume Brice à 250 F –noir anthracite, sauf que le mec qui l’avait appelé ne devait jamais avoir vu d’anthracite parce qu’il était noir pâlot quand même. Vous me direz moi non plus je n’ai jamais vu d’anthracite alors je ne sais pas en fait si il avait raison - en promotion (le costume!) à l’entrée d’un des plus prestigieux hôtels de la capitale. Par chance, j’avais pris soin de mettre ma belle chemise bleue (Brice aussi) et ma cravate jaune (Brice encore !). J’étais donc tout bien dans la norme qu’il fallait aux financiers de haut vol de l’époque.

Un chasseur dans une tenue plus classe que la mienne me reçoit et me dirige vers le lieu de la réunion, avec toute la politesse qu’on adresse à un plouc.
J’arrive bon dernier ; vous me direz que de nos bureaux sur les champs Elysées (Et oui, je me la pête j’ai bossé sur les Champs !!) à l’hôtel, il y avait au moins disons 200m.
Le truc c’est que bon, euh, quand on n’est pas du coin (et qu'on a du mal avec les cartes), c’est 200m plus 200m plus 200m plus …
La salle est installée ; une trentaine de gars en costume noir (du vrai noir), en chemise bleue voire même blanche, pire le top, bleue à col blanc et à cravates de couleurs variées jaune, rouge, vert. (Vous noterez que je ne regarde pas les chaussures. Pire que les vêtements, les chaussures !!! Je déteste acheter des chaussures. Alors je ne vais pas regarder les chaussures des autres… c’est forcé, j’aurai honte !), sur l’estrade le PDG (je le sais parce que c’est marqué sur un truc devant lequel il est assis) et le dir fi (itou – remarquez ils auraient pu échanger, ça aurait pu être amusant. Mais bon ces gens n'ont pas d’humour).
Une gente dame bien mise aux cheveux blonds me fait signe qu’il y a une place à ses côtés. Je la remercie d’un signe et m’assoie. Je vois qu’elle a un badge « directrice de la communication », appelée dircom par la suite.
La conférence démarre . Je prends note des différents faits et chiffres. Et là, dans un instant de détente ou d’oubli, je ne sais, je croise mes jambes. Pour être plus précis, je positionne ma jambe droite repliée sur ma jambe gauche… proposant à la vue de la dircom mon mollet.
Là instantanément, avec mon empathie naturelle lors des moments-où-il-y-a-quelque-chose-qui-merde, je me rends compte que je viens de commettre une erreur. Le Christ en Croix ne saurait me sauver. Mon cerveau analyse avec retard mais à toute vitesse ce qui se passe :

-         Position. D’autres sont assis comme toi. Position jugée Ok.

-        Chaussures. Achetées la semaine dernière. 400 F. Vérification qu’il n’y a pas d’étiquette dessous. Chaussures jugées OK

-        Odeur. Sensibilité de moi-même aux mauvaises odeurs exacerbées. Je n’ai donc pas marché dans des rejets intestinaux canins. Odeur jugée OK.

Mais quel est ce bout de tissu couleur blanche qui enserre mon mollet ?

 

 ALERTE !!! ALERTE !!! Chaussettes blanches enfilées ce matin !!! Ceci est une vêture non académique qui ne sied pas avec le reste de votre habillement, ni avec votre supposée position sociale. ALERTE !!! ALERTE !!! Vous serez jugé en cour de saint habit pour ce péché de lèse-chaussette.

  N’empêche que le regard insistant de cette dircom blondasse quadragénaire me provoque des frissons. Pour le coup, je n’ai pas de doute. C’est certain elle ne s’imagine pas le petit jeunot que je suis dans son lit mais dans sa poubelle. Quel mépris.

J’en ai une suée. Vais-je être dénoncée aux autorités ? Expulsées manu militari de la réunion ? Suprême humiliation. Non a priori. Elle juge que le scandale serait trop grand elle se détourne de moi.

Vient l’heure des questions. Franchement, je n'ai jamais assité à une séance de questions si débile et nulle. Ces mecs conseillent des banques, des particuliers dans leurs investissement et posaient des questions d’un niveau à peine au dessus de la mer. Quelques années plus tard, Messier fera son apparition et embarquera tous ces analystes indigents payées comme des porcs dans son délire pharaonique… mais bon je m’écarte du sujet.

-         Excusez-moi. Jean-Marc T de la X Banque. Je voudrai savoir si votre rentabilité est pérenne.

(Dis ducon avec une question aussi précise et développée, tu penses qu’il va te dire qu’il a fait exprès de gonfler son résultat !)

-         Merci Mr T. pour votre question. Il est évident que toute notre stratégie vise à sécuriser la pérennité de notre croissance rentable.

(Pour être dirfi d’une grosse boîte, il faut 1- retenir les noms rapidement et 2- reformuler affirmativement l’interrogation de ce ducon.


- Bonjour. Albert de M. Banque D. Avez-vous des projets à court terme de racheter l’un de vos concurrents ?
(Bonne question directe et débile Duchnok. Si il te répond oui, il va faire gonfler les cours de toutes les cibles potentielles !!!)
-         Comme nous vous l’avons dit (Tiens duchnok, même lui te prend pour un débile), nous souhaitons nous développer essentiellement par croissance interne.(J’aime bien le "essentiellement" ! Ca n’exclue rien).

 

 Et ainsi de suite… De toute façon, la dircom me repointe de son regard glacial. Je risque pas de poser une question de peur qu’elle s’écrie « C’est un intrus !!! Ne répondez pas. Il porte des chaussettes BLANCHES ! » 

Les questions finies. Il est temps d’accéder au buffet préparé pour que tous les analystes repartent le ventre plein et le gosier désaltéré – sur le dos des actionnaires et des salariés, transcrire dans leur note respective le bon moment qu’ils ont passé, vus qu’ils n’ont rien appris de plus que ce qui est à la disposition de tous et que ce qu’un financier de base sait traduire à partir des chiffres.
La dircom s’approche de moi, suave.

-         Excusez-moi. Comme vous êtes arrivé en retard, nous n’avons pas eu le plaisir de nous présenter.
(En gros, je n’ai pas vu ton invitation à l’entrée jeune blaireau.
Et heu… à ce propos, où est l’invitation  ? Ne serait-elle pas dans les poches de mon directeur bien aimé ? Ah mais que si of course de chevaux. J’ai pas joué dans le bon ordre.

Eclair de génie !!! Mon badge à moi avec ma photo et le logo de ma super banque d’affaires. Je l’ai.)
Je lui présente, fier et soulagé.

-         Enchanté Mr Joretapo. Vous avez trouvé la conférence intéressante ?

(Ok cela passe pour cette fois. Mais n’y revenez plus)

-         Très. J’ai beaucoup appris.

(Au bal des faux culs, je veux ma danse !)

-         Très bien.
Excusez-moi. Albert, bonjour. Très bonne intervention. Merci.

(C’est ça. Lâche moi. Va sucer ailleurs des décérébrés)

 N’empêche que, bon, je me suis trouvé au milieu de ces mecs-de-la-finance. Des inconnus. Avec 10 ans de plus. Quelques 0 aussi sur le salaire en fin de mois. Qui me regardaient de haut... alors que je les voyais comme des boufis incompétents.
Je suis donc rentré au bureau.

 

Mon directeur de m’interroger en souriant :

-         Alors le buffet n’était pas bien ?

Et là je l’ai regardé. Son costume Hugo Boss un peu élimé. Sa cravate violette et mal mise. Ses chaussettes noires dans ses chaussures marrons. Je l’ai trouvé très mal habillé.

  

Il ne m’a jamais reparlé de cette conférence, ni demandé de lui en faire un compte rendu. Nous ne sommes plus jamais allé à des conférences. Et j’ai continué à mettre des chaussettes blanches. Cool. C’était un bon deal.

Par Joretapo
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